Principes tactiques de la légion romaine (Modestus, IIIe siècle)

 

Légionnaire du Ier siècle av. JC. A. Glédel, 2008

Légionnaire du Ier siècle av. JC. A. Glédel, 2008

Il faut savoir et se rappeler par tous les moyens que lorsqu’on engageait l’action la première et la deuxième lignes [d’infanterie légionnaire] restaient immobiles; les triaires demeuraient aussi à leur place.

Mais les férentaires, les légèrement armés, les archers, les frondeurs, s’avançaient à la tête de l’armée, et chargeaient l’ennemi : s’ils pouvaient le mettre en fuite, ils le poursuivaient; s’ils étaient obligés de céder au nombre ou à la force, ils se repliaient sur ces deux lignes, et allaient se poster derrière elles.

Alors les pesamment armés, qui étaient comme un mur de fer, reprenaient le combat, d’abord de loin, avec les armes de jet, et bientôt de près, l’épée à la main. Mettaient-ils l’ennemi en fuite, ils ne le poursuivaient pas, de peur de se rompre et que l’ennemi dispersé, revenant tout à coup sur eux, ne profitât de leur désordre : c’étaient les légèrement armés, avec les frondeurs, les archers et la cavalerie, qui se mettaient à sa poursuite.

Grâce à ces dispositions prudentes, la légion était victorieuse sans danger; ou si elle avait du désavantage, elle se conservait en bon état; car il est de l’essence de la légion de ne pouvoir aisément ni fuir ni poursuivre.

De peur aussi que, dans la confusion de la mêlée, les soldats ne vinssent à s’écarter de leurs camarades, ils avaient dans chaque cohorte leurs boucliers peints de signes différents de ceux des autres. Outre cela, sur le revers du bouclier de chaque soldat était écrit son nom, avec l’indication de sa cohorte et de sa centurie.

On voit, par ces détails, qu’une légion bien ordonnée était comme une place invincible, en ce qu’elle portait partout avec elle toutes les choses nécessaires à la guerre; qu’elle ne craignait jamais des surprises de l’ennemi, et qu’elle savait tout d’un coup, en rase campagne, se faire des retranchements de fossés et de palissades.

Modestus, Précis des termes de la Milice dédié à l’Empereur Tacite, 275 ap. JC.