« Une fois la guerre allumée, l’innocent périt avec le criminel… » (Tacite)

Germanicus

Nous sommes en 14 après J-C et la succession à l’Empire romain d’Auguste par Tibère ne va pas sans heurts. Les légions de Panonnie puis une partie de celles de Germanie se révoltent.

Drusus, fils de Tibère parvient à réprimer les légions de Panonnie tandis que sur le Rhin, Germanicus neveu et fils adoptif de Tibère, proconsul des Gaules, très populaire au sein des Légions alors qu’il n’a pas trente ans, refuse l’Empire qu’on lui offre et parvient à réprimer la révolte des légions de Germanie.

Celle-ci s’achève en un massacre qui en préfigure bien d’autres, légionnaires contre légionnaires, soldats romains contre soldats romains…

« Ce fut un spectacle tel que nulle autre guerre civile n’en offrit de pareil. Les combattants ne s’avancent point, de deux camps opposés, sur un champ de bataille : c’est au sortir des mêmes lits, après avoir mangé la veille aux mêmes tables, goûté ensemble le repos de la nuit, qu’ils se divisent et s’attaquent. Les traits volent, on entend les cris, on voit le sang et les blessures ; la cause, on l’ignore. Le hasard conduisit le reste ; et quelques soldats fidèles périront comme les autres, quand les coupables, comprenant à qui l’on faisait la guerre, eurent pris aussi les armes. Ni lieutenant, ni tribuns n’intervinrent pour modérer le carnage : la vengeance fut laissée à la discrétion du soldat, et n’eut de mesure que la satiété. Peu de temps après, Germanicus entre dans le camp, et, les larmes aux yeux, comparant un si cruel remède à une bataille perdue, il ordonne qu’on brûle les morts. Bientôt ces courages encore frémissants sont saisis du désir de marcher à l’ennemi pour expier de si tristes fureurs, et ne voient d’autre moyen d’apaiser les mânes de leurs compagnons que d’offrir à de glorieuses blessures des cœurs sacrilèges. Germanicus répondit à leur ardeur : il jette un pont sur le Rhin, passe le fleuve avec douze milles légionnaires, vingt-six cohortes alliées, et huit ailes de cavalerie, qui, pendant la sédition, étaient restées soumises et irréprochables. »

légions rhin

Comment retisser les liens et restaurer un semblant d’ordre et de gloire après un tel épisode ? On se réconciliera par un autre massacre; celui de quelques tribus de remuants Germains…

« Joyeux et rapprochés de nos frontières, les Germains triomphaient de l’inaction où nous avait retenus d’abord le deuil d’Auguste, ensuite la discorde. L’armée romaine, après une marche rapide, perce la forêt de Caesia, ouvre le rempart construit par Tibère, et campe sur ce rempart même, couverte en avant et en arrière par des retranchements, sur les deux flancs par des abatis d’arbres. Ensuite elle traverse des bois épais. On délibéra si, de deux chemins, on prendrait le plus court et le plus fréquenté ou l’autre plus difficile, non frayé, et que pour cette raison l’ennemi ne surveillait point. On choisit la route la plus longue, mais on redoubla de vitesse ; car nos éclaireurs avaient rapporté que la nuit suivante était une fête chez les Germains, et qu’ils la célébraient par des festins solennels. Cécina eut l’ordre de s’avancer le premier avec les cohortes sans bagages, et d’écarter les obstacles qu’il trouverait dans la forêt ; les légions suivaient à quelque distance. Une nuit éclairée par les astres favorisa la marche. On arrive aux villages des Marses, et on les investit. Les barbares étaient encore étendus sur leurs lits ou près des tables, sans la moindre inquiétude, sans gardes qui veillassent pour eux : tant leur négligence laissait tout à l’abandon. Ils ne songeaient point à la guerre, et leur sécurité même était moins celle de la paix que le désordre et l’affaissement de l’ivresse.

romains

César, pour donner à ses légions impatientes plus de pays à ravager, les partage en quatre colonnes. Il porte le fer et la flamme sur un espace de cinquante milles. Ni l’âge ni le sexe ne trouvent de pitié ; le sacré n’est pas plus épargné que le profane, et le temple le plus célèbre de ces contrées, celui de Tanfana, est entièrement détruit. Nos soldats revinrent sans blessures ; ils n’avaient qu’à égorger des hommes à moitié endormis, désarmés ou épars. Ce massacre réveilla les Bructères, les Tubantes, les Usipiens ; ils se postèrent dans les bois par où l’armée devait faire sa retraite. Le général en fut instruit, et disposa tout pour la marche et le combat. Une partie de la cavalerie et les cohortes auxiliaires formaient l’avant-garde ; venait ensuite la première légion ; au centre étaient les bagages ; la vingt et unième légion occupait le flanc gauche, la cinquième le flanc droit ; la vingtième protégeait les derrières, suivie du reste des alliés. Les ennemis attendirent tranquillement que toute la longueur de la colonne fût engagée dans les défilés. Alors, faisant sur le front et les ailes de légères attaques, ils tombent de toute leur force sur l’arrière-garde. Les bataillons serrés des Germains commençaient à porter le désordre dans nos cohortes légèrement armées, lorsque César accourut vers la vingtième légion et lui cria d’une voix forte « que le temps était venu d’effacer la mémoire de la sédition ; qu’elle marchât donc, et qu’elle se hâtât de changer en gloire le blâme qu’elle avait mérité. » Les courages s’enflamment : l’ennemi, enfoncé d’un choc, est rejeté dans la plaine et taillé en pièces. Au même moment la tête de l’armée, sortie du bois, se retranchait déjà. Le retour s’acheva paisiblement. Fier du présent, oubliant le passé, le soldat rentre dans ses quartiers d’hiver. »

Tacite, Annales, Livre I.

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