Les Gaulois, caractère et aptitudes militaires, vus de Rome (Strabon, Géographie, IV/IV/2 – Ier siècle)

Gaulois dans l'imagerie du XXIe siècle (série"Rome" et oui, le centurion à droite est un peu perdu)

Gaulois vus au XXIe siècle (série »Rome »; non, pas de plumes, et oui, le Centurion Lucius Vorenus est un peu perdu)

« Tous les peuples appartenant à la race dite gallique ou galatique sont fous de guerre, irritables et prompts à en venir aux mains, du reste simples et point méchants : à la moindre excitation, ils se rassemblent en foule et courent au combat, mais cela ouvertement et sans aucune circonspection, de sorte que la ruse et l’habileté militaires viennent aisément à bout de leurs efforts. On n’a qu’à les provoquer, en effet, quand on veut, où l’on veut et pour le premier prétexte venu, on les trouve toujours prêts à accepter le défi et à braver le danger, sans autre arme même que leur force et leur audace.

D’autre part, si on les prend par la persuasion, ils se laissent amener aisément à faire ce qui est utile, témoin l’application qu’ils montrent aujourd’hui même pour l’étude des lettres et de l’éloquence. Cette force dont nous parlions tout à l’heure tient en partie à la nature physique des Gaulois, qui sont tous des hommes de haute taille, mais elle provient aussi de leur grand nombre. Quant à la facilité avec laquelle ils forment ces rassemblements tumultueux, la cause en est dans leur caractère franc et généreux qui fait qu’ils sentent l’injure de leurs voisins comme la leur propre et s’en indignent avec eux.

Gaulois dans l'imagerie du XIXe siècle

Gaulois vu au XIXe siècle

Aujourd’hui, à vrai dire, que ces peuples, asservis aux Romains, sont tenus de prendre en tout les ordres de leurs maîtres, ils vivent entre eux dans une paix profonde; mais nous pouvons nous représenter ce qu’ils étaient anciennement par ce qu’on raconte des mœurs actuelles des Germains, car, physiquement et politiquement, les deux peuples se ressemblent et peuvent passer pour frères, sans compter qu’ils habitent des contrées limitrophes […].

Les migrations lointaines des Gaulois trouvent leur explication précisément dans cette tendance à procéder toujours tumultuairement et par levées en masse, dans cette habitude, surtout, de se déplacer, eux, leurs familles et leurs biens, dès qu’ils se voyaient attaqués sur leurs terres par un ennemi plus fort. Ajoutons que la même cause a rendu la conquête de la Gaule beaucoup moins difficile pour les Romains que celle de l’Ibérie : la guerre d’lbérie commencée plus tôt finit, on le sait, plus tard, et, dans l’intervalle, les Romains avaient eu le temps de réduire tous les peuples compris entre le Rhin et les monts Pyrénées.

Gaulois

Le Gaulois éternel (XXe siècle, allégorie)

Comme les Gaulois attaquent toujours par grandes masses et avec toutes leurs forces, c’est par grandes masses aussi qu’ils succombaient; les Ibères, au contraire, ménageaient en quelque sorte et morcelaient la guerre, ne combattant jamais tous à la fois, mais par bandes détachées et tantôt sur un point, tantôt sur un autre, à la façon des brigands. Les Gaulois n’en sont pas moins par nature tous d’excellents soldats, supérieurs seulement comme cavaliers à ce qu’ils sont comme fantassins, et, en effet, à l’heure qu’il est, c’est de chez eux que les Romains tirent leur meilleure cavalerie. On remarque aussi qu’ils sont plus belliqueux à proportion qu’ils sont plus avancés vers le Nord et plus voisins de l’Océan. »

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