Beaux comme l’Antique…

Marcus Crassus

Marcus Crassus

… et peut-être « trop » beaux, le sacrifice tragique et les dernières paroles de Publius Licinius Crassus, jeune fils du fameux triumvir, tels que racontés par Plutarque.

Le 9 juin 53 av. JC,  l’ancien lieutenant de César en Gaule, conquérant de l’Aquitaine et bras droit de son père dans sa folle entreprise de conquête de l’Empire parthe est encerclé avec ses mille fidèles cavaliers gaulois à Carrhae, alors qu’il tente désespérément de dégager les légions de la mortelle étreinte des cavaliers ennemis :

Il s’élança donc lui-même à la tête de ses cavaliers, et, chargeant vigoureusement, il joignit l’ennemi. Mais il avait trop de désavantage dans ses moyens d’attaque et de défense : il frappait avec des javelines courtes et faibles sur des cuirasses de cuir cru et de fer ; et c’était avec des épieux que les Parthes frappaient ses Gaulois, dont les corps étaient légèrement armés et découverts. C’est en eux cependant qu’il avait le plus de confiance ; et avec eux il fit des prodiges de valeur. Ils saisissaient les épieux, embrassaient par le milieu du corps et jetaient à bas de leurs chevaux ces hommes dont les mouvements étaient embarrassés par le poids de leur armure. Plusieurs quittaient leurs propres chevaux et se glissaient sous ceux des ennemis ; ils leur plongeaient leurs épées dans le ventre. Ces animaux, bondissant de douleur, mouraient en écrasant sous leurs pieds, en même temps pêle-mêle, leurs cavaliers et les ennemis. Ce qui incommodait le plus les Gaulois, c’était la chaleur et la soif, qu’ils n’étaient pas accoutumés à supporter. Et puis la plus grande partie de leurs chevaux avaient péri en allant s’enterrer sur les épieux. Ils furent donc contraints de se replier sur leur infanterie ; et ils emmenèrent Publius, qui déjà se trouvait fort mal de ses blessures.

Il y avait près d’eux un monticule de sable : ils le virent et s’y retirèrent, et, attachant leurs chevaux au centre de cet espace, ils formèrent le cercle autour d’eux, les boucliers serrés et joints ensemble. Ils croyaient pouvoir ainsi repousser plus facilement les Barbares. Le contraire arriva. Dans une plaine unie, les premiers rangs procurent en quelque sorte un instant de relâche à ceux qui sont derrière ; mais là, l’inégalité du terrain les élevait au-dessus les uns des autres, et, ceux de derrière étant le plus découverts, il était impossible qu’ils échappassent aux coups : ils étaient tous également atteints, et ils avaient la douleur de périr d’une mort sans gloire, et sans pouvoir se venger de leurs ennemis.

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Alors, invité par son entourage à s’enfuir par un chemin dérobé, le jeune général aurait eu ces mots, presque les derniers :

« Il n’y a pas de mort si terrible qui puisse épouvanter Publius, et lui faire abandonner des hommes qui meurent pour lui. »

Pour lui, ne pouvant se servir de sa main, qu’une flèche avait transpercée, il ordonna à son écuyer de le frapper de son épée, et il lui présenta le flanc. On rapporte que Censorinus mourut de la même manière. Mégabacchus se tua lui-même, et les principaux officiers en firent autant. Ceux qui restaient périrent sous le fer des ennemis, en combattant avec valeur jusqu’au dernier moment. Il n’y en eut, dit-on, pas plus de cinq cents qui furent pris vivants.

(Plutarque, Vie de Crassus)

La tête tranchée de Publius plantée au bout d’une lance sera montrée par les vainqueurs à son père, comme le trophée funeste de l’un des plus grands désastres militaires de l’histoire romaine. Deux jours plus tard, Marcus Crassus, effondré, trouve la mort à son tour et avec lui, l’essentiel de son armée.

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La révolte de Spartacus (73 av. JC)

spartacus_lesclave_rebelle_450x673Ce fut vers ce temps-là qu’eut lieu le soulèvement des gladiateurs et le pillage de l’Italie, qu’on nomme aussi la guerre de Spartacus et dont voici l’origine.

Un certain Lentulus Batiatus entretenait à Capoue des gladiateurs, la plupart Gaulois ou Thraces. Étroitement enfermés, quoiqu’ils ne fussent coupables d’aucune mauvaise action, mais par la seule injustice du maître qui les avait achetés, et qui les obligeait malgré eux de combattre, deux cents d’entre eux firent le complot de s’enfuir. Leur projet ayant été découvert, soixante-dix-huit, qui furent avertis, eurent le temps de prévenir la vengeance de leur maître ; ils entrèrent dans la boutique d’un rôtisseur, se saisirent des couperets et des broches et sortirent de la ville. Ils rencontrèrent en chemin des chariots chargés d’armes de gladiateurs, qu’on portait dans une autre ville ; ils les enlevèrent, et, s’en étant armés, ils s’emparèrent d’un lieu fortifié et élurent trois chefs, dont le premier était Spartacus, Thrace de nation, mais de race numide, qui à une grande force de corps et à un courage extraordinaire joignait une prudence et une douceur bien supérieures à sa fortune, et plus dignes d’un Grec que d’un barbare. On raconte que la première fois qu’il fut mené à Rome pour y être vendu on vit, pendant qu’il dormait, un serpent entortillé autour de son visage. Sa femme, de même nation que lui, qui, possédée de l’esprit prophétique de Bacchus, faisait le métier de devineresse, déclara que ce signe annonçait à Spartacus un pouvoir aussi grand que redoutable et dont la fin serait heureuse. Elle était alors avec lui et l’accompagna dans sa fuite.

(Plutarque, Vie de Crassus)

Nouveauté StraTaGèMe : Les grandes batailles de Rome (aux sources de l’Histoire volume 3)

Batailles Rome

« Annibal, jusqu’alors invincible, a échoué, il faut le lui pardonner. Il est des jours où la fortune se plaît à contrarier les conseils des grands hommes ; il en est d’autres où, suivant le proverbe, le brave trouve plus brave que lui : Annibal l’éprouva. » (Polybe, XV, bataille de Zama)

Il n’y a pas d’Histoire sans sources. Tel est le principe qui a modestement donné naissance à cette petite collection, dont voici le troisième volume. Nous vous présentons ici une compilation ordonnée de textes antiques dressant un tableau de plus d’une vingtaine parmi les principales batailles de l’histoire romaine; les grands épisodes militaires de la République et de l’Empire vus au travers des mots et parfois des yeux des Anciens eux-mêmes, César, Tite-Live, Polybe, Plutarque, Appien, Frontin, Dion Cassius, Ammien Marcellin… une petite plongée aux sources de l’Histoire.

– Le lac Regille (v. -496)

– L’Allia (v. -390)

– Héraclée (- 280)

– Asculum (- 279)

– Bénévent (- 275)

– Tunis (- 255)

– La Trébie (- 218)

– Cannes (- 216)

– Le Métaure (- 207)

– Zama (- 202)

– Cynoscéphales (- 197)

– Pydna (- 168)

– Orange (- 105)

– Aix-en-Provence (- 102)

– Verceil (- 101)

– Sabis (- 57)

– Carrhes (- 53)

– Gergovie (- 52)

– Alesia (- 52)

– Pharsale (- 48)

– Actium (- 31)

– Teutobourg (9)

– Lyon (197)

– Strasbourg (357)

– Andrinople (378)

– Champs Catalauniques (451)

Disponible dès aujourd’hui en format Kindle ou à la demande en tout autre format numérique (e-pub, pdf…) : Les grandes batailles de Rome, collection Aux sources de l’Histoire volume 3, 180 pp. ISBN 979-10-92972-03-0