« A la guerre, les fautes n’admettent aucune réparation… » (Végèce)

enseignes1L’appui le plus ferme d’un État, ses éléments de gloire et d’orgueil consistent à posséder un grand nombre de soldats instruits. Ce ne sont pas les costumes resplendissants d’or, d’argent, de pierreries, qui nous concilient le respect ou le suffrage des ennemis; c’est la terreur des armes qui seule les subjugue. Du reste, en d’autres circonstances, comme l’a dit Caton, si une méprise a eu lieu, on peut y remédier avec le temps; à la guerre, les fautes n’admettent aucune réparation ; le châtiment suit immédiatement l’erreur. De deux choses l’une : ou ceux qui ont combattu avec mollesse et inhabilité succombent sur-le-champ; ou bien mis en déroute, ils n’osent plus se mesurer avec le vainqueur.

(Végèce, Art militaire 1/XIII – IVe siècle)

Aux sources de l’histoire : le secret des victoires romaines selon Végèce (IVe siècle)

soldats romains« A la guerre, ce qui détermine ordinairement la victoire, c’est moins la quantité d’hommes et la bravoure dénuée d’expérience que l’art développé par l’application. Les moyens qui assurèrent au peuple romain la soumission de l’univers ne sont autres évidemment que la pratique des armes, la science des campements, l’habitude de la guerre. Sans cela, en effet, comment le petit nombre des Romains aurait-il pu tenir contre la multitude des Gaulois ? Comment la petitesse de leur taille aurait-elle défié les formes gigantesques du Germain ? Les Espagnols nous étaient certainement supérieurs et en nombre et en force physique ; nous avons toujours été au-dessous des Africains sous le rapport de la ruse et des richesses ; les Grecs nous ont surpassés en sagesse et en talents ; ceci n’a jamais fait l’ombre d’un doute. Mais devant tous ces obstacles, il a suffi de faire un choix éclairé des recrues; de leur enseigner, pour ainsi dire, la jurisprudence des armes; de les fortifier par des exercices quotidiens; de les initier, sur le terrain de manœuvre à toutes les éventualités présumables des combats et des batailles; d’infliger à la paresse de sévères châtiments. Car le savoir militaire alimente l’audace du soldat; nul n’appréhende d’exécuter ce qu’il est sûr de connaître à fond. Dans les hasards de la guerre, une poignée d’hommes exercés tient la victoire en mains; une masse ignorante et maladroite risque toujours d’être taillée en pièces ».

Végèce, Traité de l’art militaire I/II, IVe siècle.